The portrait of Alice Morgaine

Le portrait d'Alice Morgaine

Un magazine commande un portrait. Un seul nom sur le brief : Alice Morgaine.


le parcours

Je lis son parcours avant de la rencontrer, et quelque chose se serre. Une figure de L'Express du temps de Françoise Giroud, où elle tenait les pages « Madame Express ». Puis rédactrice en chef du Jardin des Modes. Un master de philosophie à Montréal. Et aujourd'hui, commissaire de La Verrière, l'espace d'exposition d'Hermès, c'est-à-dire le coin le plus pointu de la maison la plus artistique de toute la galaxie du luxe. C'est elle qui fait venir les grands, de Claude Lévêque à Claude Viallat. Et ça continue : elle deviendra conseillère Art et Design du directeur artistique d'Hermès. Du lourd, en somme.

Ce qui me surprend, c'est ma propre réaction. D'habitude, ce genre de chose me laisse froid. J'ai photographié des célébrités, de vrais visages connus, et je suis toujours à l'aise : c'est mon métier. Mais là, ce n'est pas la notoriété qui m'impressionne, c'est le parcours. Et pour une fois, j'arrive pas tout à fait sûr de moi.

Portrait d'Alice Morgaine à La Verrière, Hermès, 2006. Julien Claessens, Beau Edition

L'étiquette « art » plus « Hermès », sans doute. Et puis, si je suis honnête, ce qui me fait le plus peur, c'est ce qu'elle va penser de son propre portrait. Parce que photographier quelqu'un n'est jamais simple : personne n'aime se voir en image. C'est ce qui rend l'exercice délicat pour le photographe. Mais là, en plus, j'allais photographier une personne dont l'avis compte, et sans doute pèse vraiment dans ce milieu, du moins je me le raconte. Et je suis encore jeune, en 2006. Alors le détachement que j'ai d'habitude sur le fait qu'on aime ou non sa photo, là, il a complètement disparu. C'est même l'inverse.


quelques images

Alice Morgaine, commissaire de La Verrière (Hermès), 2006. Julien Claessens, Beau Edition

Alors je décide d'aller vite. Quelques images, rapidement, sans mise en place compliquée. Saisir le moment. Le portrait, oui, mais surtout la personne derrière le titre.

Je m'en tiens à ce plan. Et la petite planche-contact se révèle, au final, plutôt belle. Ça passe sans accroc.

Ouf.


Julien Claessens