Cette fois, ce n'est pas moi qui suis entré quelque part. C'est quelqu'un qui est venu chez moi.
Albane ! Ah, Albane.
Je l'ai rencontrée à un dîner, chez ma belle-sœur. Elle me dit « je suis chanteuse ». Moi, « je suis photographe ». Les histoires les plus simples commencent comme ça.
On est en 2013. Albane, à ce moment-là, c'est un diamant brut qui commence à briller. La Monnaie vient de lui confier un beau rôle dans une création mondiale : La Dispute, de Benoît Mernier. La presse commence à écrire son nom. Elle est jeune, elle est très belle, et il y a déjà cette assise. Celle des gens qui vont aller loin. Elle pétille et en même temps elle reste mystérieuse. Hyper accessible, et pourtant elle tient les gens à distance sans le faire exprès. Le charisme. Une comédienne, déjà. Et cette chose rare qui ne s'apprend nulle part : une présence qui remplit la pièce sans rien faire.

Pendant le dîner, je lui dis : passe à la maison, je te tire le portrait. Ça me fait plaisir, tu pourras t'en servir pour la presse. Trois jours plus tard elle débarque chez moi. On boit des cafés. On parle beaucoup. Et puis on fait quelques photos. Assez vite je sens que je tiens quelque chose, l'ADN de ce qu'elle est à ce moment-là. C'est tellement plus simple comme ça. Pas d'agent, pas de maquilleuse, pas de styliste. Elle, la lumière et moi.

J'aime cette photo pour sa simplicité. Albane n'est pas encore celle qui chantera Carmen en Chine avec les musiciens de l'Opéra de Paris. Pas encore celle à qui Le Monde consacrera une pleine page. Pas encore la « voix caméléon » de France Musique. Mais elle est sur le chemin, et ça se sent. L'image n'a pas besoin de mise en scène. Elle raconte ce qu'elle doit raconter : Albane, à ce moment précis.
Je l'ai recroisée quelques fois. Et puis plus rien. Moi sur mon île de l'océan Indien, elle dans sa vie et ses tournées. Mais de temps en temps, un petit message arrive sur mon téléphone. C'est aussi ça, la photographie. Ça a été, et pourtant ça reste. Les belles rencontres ne s'effacent jamais vraiment.
Julien Claessens