En 2011, je rencontre Nicolas. On travaille ensemble — d'abord au graphisme et en direction artistique, puis en photographie de backstage. Un studio, des connaissances de connaissances, un joyeux workshop de copains. Lui le Marseillais, moi venant du Nord : deux mondes qui se rencontrent. J'avais à peine cinq ou six ans de métier, lui quinze au bas mot. Je connaissais les grands noms de la photo, quelques mannequins — mais un ou deux coiffeurs à peine, en dehors de ceux dont le nom est sur l'enseigne d'un salon. Pas Nico. On travaille son portfolio, et je crois d'abord qu'il déconne. Puis chaque référence tombe, vraie, l'une après l'autre. Hiro. Richard Avedon. Nick Knight. Jeanloup Sieff. Patrick Demarchelier. Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Jennifer Lopez.

Les coiffures, c'était lui
Ces images qu'on ne voit que dans les livres et les magazines — les coiffures, c'était lui. 350 couvertures, près de cent pour Vogue. Les défilés McQueen, Galliano, Gaultier. Exposé au Carrousel du Louvre, seul coiffeur du Festival International de la Mode. J'étais un gamin dans un magasin de jouets ; à chaque rencontre, une fête. Quinze ans après, j'ai encore du mal à le croire, et pourtant c'est vrai — un peu comme la fin de Big Fish, de Tim Burton. Chaque page de son histoire est incroyable.
Un de mes premiers souvenirs avec lui : un shoot où une mannequin aux cheveux lisses est repartie avec une afro. Un peigne, une brosse, de la laque — rien d'autre, de mémoire. C'est la double page du magazine. Je n'avais même pas idée que c'était possible. Nicolas est un artiste de l'ombre. Et il n'est pas seul.

Un peu de lumière dans l'ombre
Derrière chaque image qu'on retient, il y a des dizaines de mains qu'on ne nomme jamais — coiffeurs, maquilleurs, retoucheurs, stylistes, assistants, tous ceux qui se tiennent juste à côté des stars, juste derrière, parfois accroupis dans l'ombre du plateau. Ceux qui font briller les autres, et qu'on oublie de créditer.

Écouter Nico, c'est apprendre l'humilité, le respect de l'artisanat et du savoir-faire. Aujourd'hui on est toujours proches. On a tenté une série à partir de ses crayonnés — le dessin posé sur la photo, l'artisan qui réapparaît sur l'image finie. Une manière de mettre un peu de lumière dans l'ombre. Pas seulement la sienne : celle de tous les invisibles qui font la beauté des autres.



Adrien